
Voici plus de deux ans que les travaux de restauration du mur nord de l’église notre Dame de Montmorillon ont été arrêtés : nous sommes plus que surpris par l’absence d’intervention du maître d’œuvre qui a pourtant la conduite opérationnelle de ces travaux.
L’opération, démarrée en décembre 2017 pour une durée globale de 10 mois, concernait la réalisation de travaux extérieurs d’assainissement ayant pour objectif de réduire les apports d’eau souterrains dans la crypte Sainte Catherine, qui devait être restaurée suite à ces travaux préalables.
Lors des terrassements et des fouilles archéologiques préalables, aucune installation permettant d’évacuer les eaux de pluie et de ruissellement susceptibles de remplir l’excavation créée, n’a été mise en place. En juin 2018, à la suite d’un orage, la pression des eaux stockées dans cette excavation ont fait se soulever les dalles de la nef le long du mur nord, débourrer des fines au sein d’une poche de sables dolomitiques décomprimés, avec pour conséquence l’ouverture d’une cavité existante dans le sous-sol rocheux et la création d’un fontis.
Pour éviter tout effondrement, des étaiements des voûtes ont été mis en place dans la nef de juillet à décembre 2019.
Un confortement provisoire en pied du mur de la façade Nord de la nef de l’église a été réalisé en juin 2022.
Une étude complémentaire de diagnostic et d’avant-projet a été réalisée afin de présenter un protocole d’intervention modifiant le projet d’origine d’assainissement de ce mur qui prévoyait la création d’une tranchée enterrée et ventilée.
Avant toute intervention sur le mur nord de la nef de l’église, il a été procédé au remplissage des cavités souterraines par injection de coulis de ciment en 2024.
Devait suivre la consolidation définitive du mur Nord de la nef en sous-œuvre des fondations existantes de ce mur par la création de longrines en béton armé, mises en œuvre de part et d’autre du mur et au niveau des fondations, sous le niveau du dallage de la nef.
Ces poutres longitudinales, mises en œuvre par passes successives et alternées doivent être reliées entre elles par des agrafes de connexion qui assureront ainsi une cohésion structurelle en pied de mur. Ces massifs seront fondés par micropieux traversant la zone défectueuse, assurant ainsi à l’ensemble du mur la stabilité nécessaire.
Les micropieux ont été réalisés en juillet-août 2024 par la société SEFI-INTRAFOR.
Ils ont été considérés comme non conformes par le bureau de contrôle.
Il a fallu attendre notre rencontre avec le Maire de Montmorillon, après la réunion des experts du 3 juin 2026, pour apprendre que cette non-conformité résultait d’une impossibilité d’atteindre la pression d’injection de coulis imposée pour un micropieu de type IV, à cause de la nature du sous-sol.
« Il a été constaté par AIS Centre Atlantique et DEKRA Industrial que certains micropieux ont été réalisés sans atteindre la pression d’injection de coulis imposée de 1 MPa (1 Million de Pascal, soit 100 tonnes au m²). SEFI INTRAFOR reconnaît avoir été obligé d’arrêter l’injection à la pression de 0,8 MPa et le justifie par le fait qu’il a été nécessaire de ne pas aller au-delà des 0,8 MPa, parce qu’il avait été constaté des fuites de coulis dans le sous-sol qui n’ont pas permis d’atteindre la pression de 1 MPa. Il est reproché à SEFI INTRAFOR de n’avoir pas signalé ce fait lors des opérations de réalisation des micropieux. » (La Lettre de LANDAM N° 35)
Fin août 2024, le maître d’œuvre, Architecte en Chef des Monuments Historiques, a donc arrêté les travaux, sans autre intervention.
La diapositive n° 8 de la présentation publique sur l’église Notre Dame de 2022 réalisée par la précédente municipalité à l’Espace Gartempe, définissait le rôle des intervenants dans les travaux engagés, dont celui du Maître d’œuvre :
- La maîtrise d’œuvre ou maître d’œuvre (MOE) est la personne physique ou morale choisie par le maître d’ouvrage pour la conception de l’ouvrage, la conduite opérationnelle des travaux en matière de coûts, de délais et de choix techniques, le tout conformément à un contrat et un cahier des charges.
- Atelier ARCHI TRAV avec Monsieur François Jeanneau, architecte en chef des Monuments historiques (ACMH) est le maitre d’œuvre pour cette opération. Il est accompagné dans sa mission par un bureau d’études techniques (BMI) et par un économiste de la construction (Cab Dubois).
Nous ne comprenons pas pourquoi, dès cette date, ce maître d’œuvre n’a pas réuni les intervenants afin de préciser la nature exacte de la prétendue non-conformité des micropieux et le nombre de ceux qui seraient concernés, pour définir si ces micropieux, qui ne peuvent pas être de type IV de par l’impossibilité liée à la nature du sous-sol, remettaient ou non en cause la stabilité des longrines ?
Dans l’affirmative, il aurait pu rechercher les solutions permettant d’assurer cette stabilité.
Dans la négative, il aurait immédiatement pu faire reprendre les travaux.
Nous avons contacté un architecte et lui avons demandé ce qu’il aurait fait dans une telle situation.
Il nous a répondu que, compte tenu du contexte, il était nécessaire de faire appel à un BET ou BES (Bureau d’études structures) pour une expertise.
Dans la mission qui lui a été confiée par la commune de Montmorillon, le maître d’œuvre ARCHI TRAV, avec l’architecte en chef des monuments historiques, est accompagné dans sa mission par un bureau d’études structure : BET BRIZOT-MASSE Ingénierie aussi appeléBMI-Patrimoine.
Ce bureau d’études structure, spécialisé dans la préservation du patrimoine ancien, a réalisé l’étude Structure « Consolidation du mur nord » de l’église Notre Dame, qui a servi de base à la rédaction de l’Avant-projet définitif « comblement des cavités & consolidation et assainissement du mur Nord de la nef » de mai 2023.
En son chapitre V, cette étude décrit les interventions à réaliser telles que préconisées par BMI-Patrimoine :
- Régénération préalable des maçonneries de soubassement et de fondation du mur. Mise en œuvre d’un système en béton armé pour reprise des charges du mur : longrines avec agrafes de connexion, et mise en œuvre de deux lits de joncs horizontaux.
- Création de 32 micropieux pour reprise des descentes de charges en pied du mur gouttereau.
- Création de deux joints de fractionnement verticaux.
Pourquoi le maître d’œuvre n’a-t-il pas, dès août 2024, demandé à BMI-Patrimoine, qui l’accompagne dans sa mission, de faire l’étude nécessaire afin de définir les opérations à réaliser pour permettre la poursuite des travaux ?
Pourquoi, depuis août 2024, une telle absence d’initiative de la part du maître d’œuvre, qui a la conduite opérationnelle de ces travaux en matière de coûts, de délais et de choix techniques, le tout conformément au contrat et au cahier des charges signé avec la commune de Montmorillon ?

